Souvenirs d’un enfant du village : la vie à domicile en 1930 

 

Parlons un peu de la vie en général dans les familles, et dans les maisons. Ce n’était pas le confort comme aujourd’hui avec des lampes au-dessus de l’évier, des hottes aspirantes, etc…

L’évier était devant une fenêtre ou sous un « Beuillot », sorte de petite fenêtre ronde ou ovale, c’est un terme de la région, il arrivait que le voisin « Beuillait » l’autre, cela voulait dire qu’il regardait discrètement ce que faisait l’autre.

En guise d’éponge, on pliait des vieux tissus usagés cousus en forme d’éponge d’aujourd’hui, cela devenait une patte à relaver, rien ne se jetait.

Les draps usagés étaient transformés en linge à essuyer la vaisselle, essuie-main, serviette de toilette (cela grattait), les chaussettes étaient tricotées, les trous reprisés, les pulls eux aussi étaient tricotés, par nos mamans, nos sœurs, nos grands-mères.

À douze ou treize ans une fille savait tricoter, se faire le plus beau vêtement, le racommoder ; c’était super, c’était à celle qui faisait le mieux.

 

Et si l’on parlait un peu de cuisine.

Personne n’était riche, dans les familles, les parents en travaillant beaucoup avaient du mal à faire « bouillir la marmite ». Il n’y avait pas de gaspillage, le pain était sacré, on mangeait de la nourriture saine, produits du jardin, ouvriers ou paysans avaient un petit coin pour les cages à lapin, des poules qui se baladaient sur la route pour gratter les crottins de chevaux, ou sur les tas de fumier. Ceux qui n’avaient pas de prairie, coupaient l’herbe sur les talus des chemins, allaient aussi glaner les épis après la moisson.

Pour le petit-déjeuner, un grand bol de lait, quelquefois avec un peu de chocolat ou le fameux « Yabon de Banania », du lard cuit dans la soupe, des grameçons, des tartines de saindoux.

Les autres repas, soupe, légumes, viande : lapins, volaille, du porc tiré du saloir ; les paysans élevaient des cochons, les ouvriers aussi, ceux qui faute de place ne pouvaient pas en élever, achetaient un demi- porc qu’ils salaient. Il y avait le boudin, le fromage de tête, les andouilles.

Il y avait aussi la soupe aux pois, avec du lard et de la saucisse. Chacun semait quelques mètres carrés de « pois de chaps » une espèce que l’on récoltait secs, comme le blé et que l’on battait pour les égréner.

La soupe aux choux avec du lard et des saucisses. La soupe à la poule, la poule cuite à l’eau était cuisinée pour la servir et le bouillon devenait potage avec du tapioca, comme le pot au feu de bœuf.

Les gaudes, avec du lait pour les cuire, sucrées c’était bon, mais il fallait toujours remuer avec la « pouchotte », la cuillère en bois pour éviter que cela colle au fond, les enfants avaient droit à tourner les gaudes, pendant que les parents faisaient autre chose.

La viande de boucherie, pour les dimanches, et pas tous, on faisait le pot au feu avec du plat de côte, petite croisée etc…

Les jours de fêtes, ou repas de familles, il y avait les poissons, en matelotte, ou meurette, suivant la préparation au vin blanc ou rouge.

Les tartes aux fruits, l’hiver avec les fruits des conserves, les tartes aux goumaux ; à la St. Vincent, fête du village, il y avait beaucoup de tartes faites à la maison et cuites au four du boulanger. Comme il y avait beaucoup de chasseurs, le gibier était souvent sur la table, lièvres ou sangliers.


 

Tout le monde faisait des confitures de cerises, fraises, pruneaux, mûres, les conserves de légumes dans les bouteilles à vin, il y avait peu de bocaux, cerises, mirabelles, pruneaux, petits pois, les haricots, stérilisés dans la chaudière. Pour retirer les fruits, les légumes des bouteilles, il fallait un petit crochet, les bouchons étaient liés avec des fils comme le champagne.

Il y avait aussi des haricots verts conservés au sel dans des pots de grès, comme la choucroute chacun avait un tonneau pour faire la choucroute de choux ou de raves.

La viande était placée dans un « garde-manger » à la cave, lieu le plus frais de la maison, un genre de caisse avec les côtés fermés avec un petit grillage très fin, les mouches ne pouvaient pas passer, le « garde-manger » était pendu au plafond afin que les chats ne fassent pas le repas avant les gens.

On faisait son vinaigre, dans un pot en grès, avec du vin de la vigne, on plaçait un petit morceau de « lie », on disait que c’était la mère qui faisait aigrir le vin qui devenait le vinaigre.

La consommation de pain était importante.Il y avait le boulanger, rue de l’Abreuvoir, chez M. JACQUOT, par la suite Joseph GUERRIN qui faisait aussi l’épicerie.

Mme TAVERDET, la maman de Léon avait un dépôt de pain fabriqué à St. Ferjeux et livré à Avanne avec une automobile fabriquée à Besançon, où est aujourd’hui le Collège St. Joseph. Une voiture de la marque Schneider.

Le pain était vendu au poids, pesé sur la balance Roberval avec des poids en fonte et en cuivre.

Il y avait le pain de trois livres : 1kg500. S’il pesait 1kg450, un morceau coupé était ajouté pour faire 1kg500, en remontant du village le midi en sortant de l’école, on mangeait le petit morceau le long du chemin.

Il y avait aussi un pain rond plus gros que l’on appelait la miche.

Mme TAVERDET tenait  aussi le bureau de tabac, vendait de l’épicerie courante toujours au poids, il n’y avait pas comme aujourd’hui des paquets de 500g ou autres, c’était vendu au détail.

Elle recevait son café, vert et à l’aide d’un appareil qui comprenait une boule, où était placé le café vert, en dessous il avait du feu de bois avec une manivelle, la boule tournait, le café se torréfiait, cela sentait bon tout autour.

Dans les jardins de l’époque, on trouvait des plantes aromatiques et médicinales, pour faire les infusions ou mettre sur les coupures.

 

La vie dans les maisons :

 

Dans la cuisine, les éviers en pierre, taillée dans un bloc, servaient aussi de tablette de fenêtres ; cette pierre pesait bien 200kg. Celui qui faisait la vaisselle profitait de la lumière du jour car elle était placée dans l’embrasure d’une fenêtre, l’eau coulait dehors, dans la rigole directement dans la rue.

La vaisselle se faisait à l’eau bouillante, dans une bassine en fer blanc sans produits ; cette eau grasse était utilisée pour mettre avec les petites pommes de terre cuites pour les cochons.

L’eau des habitants vivants en dessous du réservoir du bas du cimetière, était sur l’évier avec un robinet, les autres allaient la chercher à la fontaine ou à la citerne de la maison, il n’y avait pas de gaspillage pour ces derniers.

La lessive du gros linge dans certaines maisons se faisait une fois dans l’année, dans un « cuveau » prévu à cet effet, avec des cendres de bois, en repassant l’eau qui coulait en bas après l’avoir réchauffée en la reversant dessus, c’était un peu le système lessiveuse mais en verssant avec un seau, on remuait le linge avec un bâton de bois, après le temps nécessaire du nettoyage, on rinçait.


Les dames faisaient faire les robes par la couturière Marie PETITJEAN, et, sa sœur Marguerite , qui a tenu toute sa vie l’harmonium de l’Église.

 

Pour repasser et amidonner les chemises d’hommes (cela se faisait à l’époque, il y avait la cravate et le col en celluloïde), Anne Jouffroy repassait pour les gens avec des fers en fonte appuyés contre un petit fourneau à côtés plats spécialement conçu pour ce genre de travail.

 

Il y avait les matelassières, qui venaient dans les maisons, carder et refaire les matelas.

En hiver, des équipes d’hommes venant d’autres régions, passaient dans les villages, s’installaient chez ceux qui voulaient faire des chaises.

Ces gens avaient choisi et mis du bois de côté pour celà, ces chaises étaient faites à la main, au couteau de bois.

Le lait était porté à la laiterie, vers l’Église ; la maison n’existe plus aujourd’hui.

 

Et le sanitaire ?

 

Les toilettes au fond du jardin, pas pratique du tout, il ne fallait pas être pressé !!

Le tas de fumier, le plus près possible de l’étable pour ne pas rouler la brouette trop loin, alors souvent pas bien loin de la porte de la maison ; le purin allait dans une fosse ou tout simplement dans la rigole.

 

Les vaches allaient aux pâtures matin et soir, ce qui donnait quelques saletés sur la route, la traite se faisait à la main, matin et soir à la maison. Vous voyez les vaches dans la rue aujourd’hui !!

 

 

Jean.